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Entretien avec Frédérique Algrave
Cépravoi - Journal Le Grillon n°30 printemps été 2010
http://www.cepravoi.fr

« Nous avons un devoir envers la musique, c’est de l’inventer. » Stravinsky.

Chanteuse spécialisée dans le répertoire contemporain et le théâtre musical, Valérie Philippin collabore avec les ensembles InterContemporain, Ars Nova, SIC, Laborintus, Sillages, Multilatérale... Elle enseigne le chant contemporain, le théâtre musical et l’improvisation, notamment au CRR de Paris, à l’Ariam, au CFMI d’Orsay.Fondatrice et directrice artistique de Singulière Compagnie et de l’ensemble instrumental Kiosk, elle travaille depuis 1995 sur les liens entre musique, théâtre, image et mouvement...Elle crée ses propres œuvres associant voix et théâtre, danse et vidéo.
L’Atelier Musical de Touraine (1), qui organisait en mars 2010 un atelier et un concert avec elle, nous a permis de faire sa rencontre.

Le Grillon : D’où vient cette envie de musique, de chant ?

Valérie Philippin : Le chant est une histoire de famille. Nous étions cinq enfants, tous chanteurs, et nos parents musiciens et chanteurs amateurs suivaient le mouvement A Cœur Joie, dont ils nous transmettaient le répertoire. Nous chantions tout le temps, le chant faisait partie de la vie quotidienne : à sept, nous avions toutes les voix pour faire un chœur. Une partie de ma famille est d’origine belge, je suis née à Dunkerque et j’ai grandi près de Marseille. J’ai suivi des cours de théâtr et de danse, appris le piano et pris mon premier cours de chant à 18 ans. A 22 ans je suis rentrée au Conservatoire de Boulogne-Billancourt, où j’ai reçu en 1986 mon prix de chant à l’unanimité du jury.

Le Grillon : La musique contemporaine s’est-elle imposée d’emblée ?

V P : Je suivais des cours d’art lyrique, mais me sentais frustrée car j’aimais le jazz, la chanson, la musique américaine, le folk... Pour satisfaire ma curiosité, mon professeur me proposait des œuvres modernes : Berg, Barber, Ives, mais j’ignorais tout de la musique contemporaine. Je voulais poursuivre cette direction : tout ce que j’aimais trouvait un écho dans la musique du début du XXe siècle. J’ai suivi ensuite un atelier de musique contemporaine au Centre Acanthes (2), où j’ai compris que je voulais interpréter ce que le monde d’aujourd’hui m’inspire comme image sonore. J’y ai fait la rencontre de George Aperghis, qui a composé pour moi.

Le Grillon : Comment se construit ce paysage sonore ?

V P : Je pense le son comme une matière picturale : ils sont posés sur une palette de peintre. Je décris des paysages : calmes, colorés. J’image les plans, la spacialisation des éléments. Je me réfère à la peinture contemporaine.

Le Grillon : Vous avez également pratiqué la danse. Quel est l’apport du corps dans le chant ?

V P : Le rythme se passe dans le corps. On admet aujourd’hui que le corps entier participe au geste vocal. Ayant dansé moi-même, je considère la danse et le travail autour du corps en général comme faisant partie du travail technique du chanteur.

Le Grillon : Quelle place, convergence, divergence y a t-il entre la musique lyrique, classique et la musique contemporaine ?

V P : Aucune esthétique vocale définitive ne prévaut dans la voix contemporaine, contrairement à l’art lyrique par exemple. La musique contemporaine se nourrit de variations de couleur. Dans le chant classique, le timbre est homogène. Le chanteur de musique contemporaine doit se libérer d’un point de vue mécanique et psychologique. Tous les sons sont possibles : aller vers le nasal, sur le souffle, sur les fausses cordes… Un geste n’empêche pas l’autre. Je n’identifie pas ma voix à une esthétique particulière. Dans la musique contemporaine, la beauté vient de l’expression, des émotions, pas du costume. Les voix touchent tout le monde, font appel à l’imaginaire. Toutefois, je défends ardemment l’idée que le « beau chant » qui fonde le chant lyrique depuis sa naissance - c’est-à-dire celui du baroque et pas seulement de l’opéra du XIXe siècle - reste la meilleure technique de base pour apprendre à chanter.

Le Grillon : Pourquoi peu de chanteurs explorent le chant contemporain ?

V P : Cela semble difficile, car il s’agit de langages souvent inédits, tant sur le plan musical que pour la technique instrumentale ou vocale. Il faut une bonne base, beaucoup de travail personnel et bien connaître sa voix naturelle…

Le Grillon : Qu’est ce que c’est que « la voix naturelle » ?

V P : C’est le son qui sort d’un larynx relâché, dans un corps détendu, avec une langue et une mâchoire détendues. Cet état de non-tension permet de moduler et d’utiliser sa voix de manière optimum. C’est un tout et ça change tout : l’écoute, le regard. Le chant découle de cette présente physique, des liens entre l’espace physique et acoustique, de la connexion entre le corps, le mouvement et le rythme. La musique est faite de zone sensible, fluctuante : on n’a pas à être parfait.

(1) L’Atelier Musical de Touraine programme des concerts, le plus souvent en lien avec des ateliers de découverte de la musique contemporaine. Directrice artistique : Anne Aubert, professeur de composition au CRR de Tours. http://www.atmusica.fr/

(2) Le Centre Acanthes se situe à Metz. En plus de vingt ans, le Centre Acanthes est devenu un des hauts lieux de la création contemporaine. La vocation première du Centre Acanthes est pédagogique, et son originalité est de concentrer son activité autour des compositeurs majeurs de notre temps, différents à chacune des sessions. http://www.acanthes.com

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